Au boulot, Chômette !

Publié le par Fabienne Sartori

Au boulot, Chômette !

Au boulot, Chômette ! d’Alexandra Le Dauphin, La Boîte à Pandore, 2014.(Notes de lecture)

J’aime bien le titre, c’est comme si une jeune femme se disait à elle-même : Allez, au boulot, assez de rêveries, bouge-toi le popotin ! Comme si elle avait intériorisé les pressions de la famille et de la société et se disait : Ma fille, mets-toi à l’informatique, peaufine ton CV, achète un tailleur de working girl et affiche ton sourire des beaux jours. Pour beaucoup, cela n’a pas l’air plus difficile que cela. Et bien, c’est plus difficile que cela. D’abord, parce qu’il y a des chiffres : Ces 30 dernières années, la productivité a considérablement augmenté. On produit 76 % de plus avec 10 % de travail en moins. (Source : Collectif Roosevelt). Depuis 1974, le total des heures travaillées, tous secteurs confondus, est passé de 41 milliards d’heures à 36,9 milliards. (Source : Insee) En raison du baby-boom et de l’entrée des femmes sur le marché du travail, le nombre de candidats à l'emploi a augmenté de 23 %. Il y a donc un écart de 33 % entre l’offre et la demande de travail, une absence d’offres disponibles qui condamne les demandeurs d’emploi à une sorte de chasse à la licorne, extrêmement coûteuse en temps et énergie. Quelquefois infructueuse. Sans parler du cortège de maux associés à cette situation : problèmes sanitaires et sociaux, difficultés d’accès au logement, pauvreté des enfants, etc.

Il paraît que Virginia Wolf a dit : « a feminist is a woman who tells the truth about her life ». J’ai repensé à cette phrase en découvrant Au boulot, Chômette ! Discussions surréalistes avec le conseiller de Pôle Emploi, invitations à des réunions dans des lieux éloignés (ou comment se perdre, même avec le GPS !) Oui, il faut une bonne dose d’humour (et d’auto dérision) pour garder le moral quand l’ami Pôle Emploi vous envoie vendre du poisson alors que êtes diplômée du tertiaire. Cela donne : « ils recherchent quelqu’un ayant le contact commercial, habitant Gradignan et ayant déjà travaillé dans un supermarché ». Et la jeune fille pense (mais ne dit pas) : « cela tombe bien, j’ai un bac + 3 en commerce (mention poissons et crustacés cela va de soi), j’habite Talence et renseigne les professionnels de l’immobilier sur les capacités phénoménales d’un logiciel de défiscalisation immobilière, un bijou capable de calculer en temps réel où il faut investir pour payer le moins d’impôt possible, on est donc en plein dans le sujet, non ? »

Comme les tribulations d’une Bridget Jones à la recherche du prince charmant, il se pourrait bien que l’histoire de Chômette se termine par un happy end : un CDI ou la création d’une autoentreprise. Au-delà du témoignage courageux et stimulant, Au boulot, Chômette permet de s’interroger sur le sort réservé aux femmes sur le marché du travail. Souvent plus studieuses que les garçons, elles sont pénalisées dès leur entrée sur le marché. Leurs salaires sont moins élevés avant d’être mariées et d’avoir eu des enfants. Je ne reprendrai pas ici les études et les articles qui insistent sur les difficultés qui attendent par la suite les jeunes mères : difficultés d’accès aux modes de garde, à la formation continue et aux promotions au sein de l’entreprise, mais aussi aux responsabilités publiques, et ainsi de suite. Tout cela est archi-connu. (Lire à ce sujet les ouvrages de Margaret Maruani ) Mais doit-on continuer à ironiser de temps en temps ou déplorer cette situation (à chaque journée des droits de la femme, notamment) comme si c’était une fatalité ? Et si toutes les Chômettes de France et de Navarre prenaient le taureau par les cornes ?

Publié dans Livres

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Chômette contre le chômage 13/06/2015 09:53

Merci beaucoup pour ce billet !! Je l'ajoute à la revue de presse de Chômette :)